La nouvelle littéraire

Dimanche 12 avril 2009

Extrait de la nouvelle d’Edgar Allan Poe : Une descente dans le Maelström.

« Jamais je n’oublierai les sensations d’effroi, d’horreur et d’admiration que j’éprouvai en jetant les yeux autour de moi. Le bateau semblait suspendu comme par magie, à mi-chemin de sa chute, sur la surface intérieure d’un entonnoir d’une vaste circonférence, d’une profondeur prodigieuse, et dont les parois, admirablement polies, auraient pu être prises pour de l’ébène, sans l’éblouissante vélocité avec laquelle elles pirouettaient et l’étincelante et horrible clarté qu’elles répercutaient sous les rayons de la pleine lune, qui, de ce trou circulaire que j’ai déjà décrit, ruisselaient en un fleuve d’or et de splendeur le long des murs noirs et pénétraient jusque dans les plus intimes profondeurs de l’abîme. »

 

Extrait d’un texte de Jean Jacques Rousseau : Première promenade (les rêveries du promeneur solitaire )

 

« Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes. Ils n’ont pu qu’en cessant de l’être se dérober à mon affection. Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher. »

 


Histoires naturelles, Jules Renard : Une famille d'arbres

  

C’est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent. Ils m’accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu’ils m’observent et se défient.

Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s’écarter.

Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu’à la chute en poussière.

Ils se flattent de leurs longues branches, pour s’assurer qu’ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s’essouffle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d’accord.

Je sens qu’ils doivent être ma vraie famille. J’oublierai vite l’autre. Ces arbres m’adopteront peu à peu, et pour le mériter j’apprends ce qu’il faut savoir :

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

                       


                                                                                 

Extrait des Provinciales de Blaise Pascal : Les Provinciales, Dix-septième lettre                               

« ...par où m’attaquerez-vous, puisque ni mes discours ni mes écrits donnent aucun prétexte à vos accusations d’hérésie, et que je trouve ma sûreté contre vos menaces dans l’obscurité qui me couvre ? Vous vous sentez frappés par une main invisible, qui rend vos égarements visibles à toute la terre ; et vous essayez en vain de m’attaquer en la personne de ceux auxquels vous me croyez uni. Je ne vous crains ni pour moi, ni pour aucun autre, n’étant attaché ni à quelque communauté, ni à quelque particulier que ce soit. Tout le crédit que vous pouvez avoir est inutile à mon égard. Je n’espère rien du monde, je n’en appréhende rien, je n’en veux rien ; je n’ai besoin, par la grâce de Dieu, ni du bien, ni de l’autorité de personne. Ainsi, mon Père, j’échappe à toutes vos prises. Vous ne me sauriez prendre de quelque côté que vous le tentiez. Vous pouvez bien toucher le Port-Royal, mais non pas moi. On a bien délogé des gens de Sorbonne mais cela ne me déloge pas de chez moi. Vous pouvez bien préparer des violences contre des prêtres et des docteurs, mais non pas contre moi, qui n’ai point ces qualités. Et ainsi peut-être n’eûtes-vous jamais affaire à une personne qui fût si hors de vos atteintes, et si propre à combattre vos erreurs, étant libre, sans engagement, sans attachement, sans liaison ; sans relations, sans affaires, assez instruit de vos maximes, et bien résolu de les pousser autant que je croirai que Dieu m’y engagera, sans qu’aucune considération humaine puisse arrêter ni ralentir mes poursuites. »


Extrait de Promenades et souvenirs, VII, Voyage au Nord de Gerard de Nerval

           

« Je ne sais si ces observations ne semblent pas bizarres ; cherchant à étudier les autres dans moi-même, je me dis qu’il y a dans l’attachement à la terre beaucoup de l’amour de la famille. Cette piété qui s’attache aux lieux est aussi une portion du noble sentiment qui nous unit à la patrie. En revanche, les cités et les villages se parent avec fierté des illustrations qui proviennent de leur sol. Il n’y a plus là division ou jalousie locale, tout se rapporte au centre national, et Paris est le foyer de toutes ces gloires. Me direz-vous pourquoi j’aime tout le monde dans ce pays, où je retrouve des intonations connues autrefois, où les vieilles ont les traits de celles qui m’ont bercé, où les jeunes gens et les jeunes filles me rappellent les compagnons de ma première jeunesse ? Un vieillard passe : il m’a semblé voir mon grand-père ; il parle, c’est presque sa voix ; – cette jeune personne a les traits de ma tante, morte à vingt-cinq ans ; une plus jeune me rappelle une petite paysanne qui m’a aimé et qui m’appelait son petit mari, – qui dansait et chantait toujours, et qui, le dimanche au printemps, se faisait des couronnes de marguerites. »


Un extrait de Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence de Montesquieu

« Dans nos combats d’aujourd’hui, un particulier n’a guère de confiance qu’en la multitude ; mais chaque Romain, plus robuste et plus aguerri que son ennemi, comptait toujours sur lui-même ; il avait naturellement du courage, c’est-à-dire de cette vertu qui est le sentiment de ses propres forces.

    « Leurs troupes étant toujours les mieux disciplinées, il était difficile que, dans le combat le plus malheureux, ils ne se ralliassent quelque part, ou que le désordre ne se mît quelque part chez les ennemis. Aussi les voit-on continuellement, dans les histoires, quoique surmontés dans le commencement par le nombre ou par l’ardeur des ennemis, arracher enfin la victoire de leurs mains.

Leur principale attention était d’examiner en quoi leur ennemi pouvait avoir de la supériorité sur eux, et d’abord ils y mettaient ordre. Ils s’accoutumèrent à voir le sang et les blessures dans les spectacles des gladiateurs, qu’ils prirent des Etrusques.

    « Les épées tranchantes des Gaulois, les éléphants de Pyrrhus, ne les surprirent qu’une fois. Ils suppléèrent à la faiblesse de leur cavalerie, d’abord, en ôtant les brides des chevaux, pour que l’impétuosité n’en pût être arrêtée ; ensuite, en y mêlant des vélites. Quand ils eurent connu l’épée espagnole, ils quittèrent la leur. Ils éludèrent la science des pilotes par l’invention d’une machine que Polybe nous a décrite. Enfin, comme dit Josèphe, la guerre était pour eux une méditation ; la paix, un exercice.

    « Si quelque nation tint de la Nature ou de son institution quelque avantage particulier, ils en firent d’abord usage ; ils n’oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des archers crétois, des frondeurs baléares, des vaisseaux rhodiens.

    « Enfin, jamais nation ne prépara la guerre avec tant de prudence et ne la fit avec tant d’audace. »


Un extrait de Maximes et Réflexions diverses, Réflexions diverses de la Rochefoucauld : De l'amour et de la mer

 

« Ceux qui ont voulu nous représenter l’amour et ses caprices l’ont comparé en tant de sortes à la mer qu’il est malaisé de rien ajouter à ce qu’ils en ont dit. Ils nous ont fait voir que l’un et l’autre ont une inconstance et une infidélité égales, que leurs biens et leurs maux sont sans nombre, que les navigations les plus heureuses sont exposées à mille dangers, que les tempêtes et les écueils sont toujours à craindre, et que souvent même on fait naufrage dans le port. Mais en nous exprimant tant d’espérances et tant de craintes, ils ne nous pas assez montré, ce me semble, le rapport qu’il y a d’un amour usé, languissant et sur sa fin, à ces longues bonaces, à ces calmes ennuyeux, que l’on rencontre sous la ligne : on est fatigué d’un grand voyage, on souhaite de l’achever ; on voit la terre, mais on manque de vent pour y arriver ; on se voit exposé aux injures des saisons ; les maladies et les langueurs empêchent d’agir ; l’eau et les vivres manquent ou changent de goût ; on a recours inutilement aux secours étrangers ; on essaye de pêcher, et on prend quelques poissons, sans en tirer de soulagement ni de nourriture ; on est las de tout ce qu’on voit, on est toujours avec ses mêmes pensées, et on est toujours ennuyé ; on vit encore, et on a regret à vivre ; on attend des désirs pour sortir d’un état pénible et languissant, mais on n’en forme que de faibles et d’inutiles. »


Un extrait de Jacques le Fataliste et son maître de Denis Diderot

 

« J’ai oublié de vous dire, lecteur, que Jacques n’allait jamais sans une gourde remplie du meilleur ; elle était suspendue à l’arçon de sa selle. A chaque fois que son maître interrompait son récit par quelque question un peu longue, il détachait sa gourde, en buvait un coup à la régalade, et ne la remettait à sa place que quand son maître avait cessé de parler. J’avais encore oublié de vous dire que, dans les cas qui demandaient de la réflexion, son premier mouvement était d’interroger sa gourde. Fallait-il résoudre une question de morale, discuter un fait, préférer un chemin à un autre, entamer, suivre ou abandonner une affaire, peser les avantages ou les désavantages d’une opération de politique, d’une spéculation de commerce ou de finance, la sagesse ou la folie d’une loi, le sort d’une guerre, le choix d’une auberge, dans une auberge le choix d’un appartement, dans un appartement le choix d’un lit, son premier mot était : « Interrogeons la gourde. » Son dernier était : « C’est l’avis de la gourde et le mien. » Lorsque le destin était muet dans sa tête, il s’expliquait par sa gourde, c’était une espèce de Pythie portative, silencieuse aussitôt qu’elle était vide. A Delphes, la Pythie, ses cotillons retroussés, assise à cul nu sur le trépied, recevait son inspiration de bas en haut ; Jacques, sur son cheval, la tête tournée vers le ciel, sa gourde débouchée et le goulot incliné vers sa bouche, recevait son inspiration de haut en bas. »


Extrait de Vie de Rancé de François-René de Chateaubriand

 

« Cette famille de la religion autour de Rancé avait la tendresse de la famille naturelle et quelque chose de plus ; l’enfant qu’elle allait perdre était l’enfant qu’elle allait retrouver : elle ignorait ce désespoir qui finit par s’éteindre devant l’irréparabilité de la perte. La foi empêche l’amitié de mourir ; chacun en pleurant aspire au bonheur du chrétien appelé ; on voit éclater autour du juste une pieuse jalousie, laquelle a l’ardeur de l’envie, sans en avoir le tourment.

    Rancé, apercevant un religieux qui pleurait, lui tendit la main, et lui dit : « Je ne vous quitte pas, je vous précède. » Le Tasse avait adressé les mêmes mots aux frères qui l’environnaient à Saint-Onuphre. Rancé demanda d’être enterré dans la terre la plus abandonnée et la plus déserte : sur un champ de bataille où l’on n’entend plus de bruit, on voit sortir du sol les pieds de quelques soldats.

    Job mourut dans le petit réduit qu’il s’était fait, comme le palmier dont les branches sont chargées de rosée. Rancé entretint le prélat de l’empressement que ses frères avaient mis à le soulager : « Voilà, dit-il, comme Dieu a pris plaisir à me favoriser dans tous les temps de ma vie, et je n’ai été qu’un ingrat. » Le Père abbé Jacques de La Cour entrait dans ce moment ; Rancé lui dit : « Ne m’oubliez pas dans vos prières, je ne vous oublierai pas devant Dieu. » Il chargea Jacques de La Cour de faire ses excuses au roi d’Angleterre : il avait commencé une lettre pour ce monarque exilé qu’il n’avait pas pu achever. La nuit suivante fut mauvaise ; Rancé la passa assis : il avait mis les sandales d’un religieux mort avant lui ; il allait achever le voyage qu’un autre n’avait pu finir. »


Extrait d’un texte philosophique de Denis Diderot : Supplément au Voyage de Bougainville

 

 « Voulez-vous savoir l’histoire abrégée de presque toute notre misère ? La voici. Il existait un homme naturel : on a introduit au-dedans de cet homme un homme artificiel ; et il s’est élevé dans la caverne une guerre continuelle qui dure toute la vie. »

 

Si le Voyage autour du monde de Bougainville, paru en 1771, est aujourd'hui tombé dans l'oubli, le Supplément composé par Diderot reste l'un des grands textes philosophiques consacrés à la question de la nature humaine. Partant du texte de Bougainville en tant qu'il établit le mythe du paradis polynésien, Diderot développe sa réflexion sur le mode du dialogue, forme privilégiée du discours philosophique.


                                                                                              

            Extrait d’un texte philosophique de René Descartes : Le Discours de la méthode,

           

    « Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai tâché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent, et s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l’aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu’on peut imiter, on en trouvera peut-être aussi plusieurs autres qu’on aura raison de ne pas suivre, j’espère qu’il sera utile à quelques-uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise. »

 

Discours de la méthode, Première partie


Extrait d’un texte philosophique de René Descartes : De la satisfaction de soi-même

 

« La satisfaction, qu’ont toujours ceux qui suivent constamment la vertu, est une habitude en leur âme qui se nomme tranquillité et repos de conscience. Mais celle qu’on acquiert de nouveau, lorsqu’on a fraîchement fait quelque action qu’on pense bonne, est une passion, à savoir une espèce de joie, laquelle je crois être la plus douce de toutes, parce que sa cause ne dépend que de nous-mêmes. Toutefois lorsque cette cause n’est pas juste, c’est-à-dire lorsque les actions dont on tire beaucoup de satisfaction ne sont pas de grande importance, ou même qu’elles sont vicieuses, elle est ridicule, et ne sert qu’à produire un orgueil et une arrogance impertinente. Ce qu’on peut particulièrement remarquer en ceux qui, croyant être dévots, sont seulement bigots et superstitieux, c’est-à-dire qui sous ombre qu’ils vont souvent à l’église, qu’ils récitent force prières, qu’ils portent les cheveux courts, qu’ils jeûnent, qu’ils donnent l’aumône, pensent être entièrement parfaits, et s’imaginent qu’ils sont si grands amis de Dieu, qu’ils ne sauraient rien faire qui lui déplaise, et que tout ce que leur dicte leur passion est un bon zèle ; bien qu’elle leur dicte quelquefois les plus grands crimes qui puissent être commis par des hommes, comme de trahir des villes, de tuer des princes, d’exterminer des peuples entiers, pour cela seul qu’ils ne suivent pas leurs opinions. »

 

Les Passions de l'âme, Article 19


           

Extrait d’un texte philosophique de Blaise Pascal : De l'esprit géométrique et de l'art de persuader

« On peut avoir trois principaux objets dans l’étude de la vérité : l’un, de la découvrir quand on la cherche ; l’autre, de la démontrer quand on la possède ; le dernier, de la discerner d’avec le faux quand on l’examine.

Je ne parle point du premier : je traite particulièrement du second, et il enferme le troisième. Car, si l’on sait la méthode de prouver la vérité, on aura en même temps celle de la discerner, puisqu’en examinant si la preuve qu’on en donne est conforme aux règles qu’on connaît, on saura si elle est exactement démontrée.

   La géométrie, qui excelle en ces trois genres, a expliqué l’art de découvrir les vérités inconnues ; et c’est ce qu’elle appelle analyse, et dont il serait inutile de discourir après tant d’excellents ouvrages qui ont été faits.

Celui de démontrer les vérités déjà trouvées, et de les éclaircir de telle sorte que la preuve en soit invincible, est le seul que je veux donner ; et je n’ai pour cela qu’à expliquer la méthode que la géométrie y observe : car elle l’enseigne parfaitement par ses exemples, quoiqu’elle n’en produise aucun discours. Et parce que cet art consiste en deux choses principales, l’une de prouver chaque proposition en particulier, l’autre de disposer toutes les propositions dans le meilleur ordre, j’en ferai deux sections, dont l’une contiendra les règles de la conduite des démonstrations géométriques, c’est-à-dire méthodiques et parfaites, et la seconde comprendra celles de l’ordre géométrique, c’est-à-dire méthodique et accompli : de sorte que les deux ensemble enfermeront tout ce qui sera nécessaire pour la conduite du raisonnement à prouver et discerner les vérités, lesquelles j’ai dessein de donner entières. »

 

De l'esprit géométrique et de l'art de persuader


Extrait d’un texte philosophique de Jean-Jacques Rousseau : Du contrat social

 

L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question.

Si je ne considérais que la force, et l’effet qui en dérive, je dirais : tant qu’un Peuple est contraint d’obéir et qu’il obéit, il fait bien ; sitôt qu’il peut secouer le joug et qu’il le secoue, il fait encore mieux ; car, recouvrant sa liberté par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou l’on ne l’était point à la lui ôter. Mais l’ordre social est un droit sacré, qui sert de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature ; il est donc fondé sur des conventions. Il s’agit de savoir quelles sont ces conventions. Avant d’en venir là, je dois établir ce que je viens d’avancer. »

 

Du contrat social,

Par Samia Nasr
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 10 février 2009

J’en voulais au monde où je n’ai jamais demandé à être naît,  à mon père qui ne m’avait jamais témoigné aucune tendresse, à mes frères qui se droguaient et me battaient. Je reste persuadée qu’un enfant mal aimé et maltraité ne pourra jamais être heureux. À vingt un ans, j’avais cru être amoureuse, mais c’était en fait ma fuite que je préparais. Juste après mon mariage, j’étais enceinte et je ne pouvais pas faire un pas en arrière. Mon mari m’aimait, indéniablement, mais moi je ne l’aimais pas. Et je l’ai détesté lorsqu’il m’a montré son vrai visage : j’avais épousé un homme possessif, très jaloux qui déchirait mes habits, mes écrits, mes livres et mes poèmes et voulait que je porte le voile et la djellaba. Nous n’étions pas faits pour nous entendre. Quatre mois après mon accouchement, je demandais le divorce. Et c’est à cette même période que je contractais sans le savoir ma deuxième union : avec l’alcool. Je n’oublierai jamais cette nuit. Quand j’ai poussé la porte de cette discothèque, je n’avais encore jamais goûté à l’alcool, et c’était en fait la porte de l’enfer que je poussais...

 

Voilà ce que je me disais, dix-sept ans plus tard, à Djerba. Seule dans mon appartement avec la mort si proche, j’essayais de faire le bilan des dernières semaines. Elles se ressemblaient toutes : j’étais venue en Tunisie pour commencer une nouvelle vie, m’éloigner de mes amies de Casablanca qui aimaient vider avec moi les bouteilles de whisky et trouver du travail. C’était du moins ce que je m’étais dit, mais tout n’était que mensonges ; je me moquais pas mal de trouver un emploi. Une fois à Djerba, la seule chose qui me plaisait vraiment, c’était de me réfugier dans les bars et de finir mes nuits dans les cabarets ou les discothèques. De toute façon, quand bien même j’aurais voulu travailler, comment aurais-je pu le faire ? Après mes nuits d’ivresse, je rentrais dans mon appartement et passais la journée du lendemain abrutie, comme assommée. Je dormais avec, près de moi, une bouteille de vin, en attendant que vienne la nuit.

 

Je ne ressemblais pas aux filles qui peuplaient ces endroits glauques, ni aux hommes qui tentaient leur chance près de moi. Je n’aimais pas leurs rires grossiers, leurs blagues obscènes et l’odeur de la sueur. Je me moquais pas mal d’eux, de la musique et de tout le reste. Je ne venais là que pour boire. Tout l’argent que j’avais amené avec moi dix mois plus tôt n’avait servi qu’à payer mes bouteilles.

 

Il était impératif que je revienne au Maroc. J’avais failli avoir une crise cardiaque à cause de l’alcool et failli mourir asphyxiée dans mon appartement à cause d’une fuite de gaz. Tout semblait me pousser à changer radicalement de vie. Cette mort qui était là, si près, comme une compagne de chaque instant, je ne la craignais pas puisque de toutes manières, je n’attachais plus de valeur à ma propre vie. Mais ce jour-là, lorsque je l’ai su si proche, je me suis surprise à vouloir me battre contre elle. J’ai réalisé que la vie s’attachait encore à moi et j’ai pensé à mon fils que j’avais négligé.

 

Comme un déclic. Un brusque sursaut qui ramène à l’essentiel. Je suis rentrée sans plus tarder au Maroc, différente. Plus envie de continuer à trinquer tous les jours à mes malheurs, plus envie de vivre au jour le jour sans souci du lendemain, comme détachée de la vraie vie. J’avais envie de retrouver le goût de vivre et envie de perdre celui de boire. J’avais envie de sortir de ce labyrinthe obscur. Le chemin était dur et me terrifiait. Autrefois, c’était dans l’alcool que je noyais mes angoisses : quand quelque chose me faisait peur, je remplissais un verre de whisky, le vidais d’une traite et m’en resservais un autre. Mais là, je devais avancer sans ça, chancelante, incertaine et terrifiée. Pour me donner de la force, j’essayais de retrouver cette jeune fille que j’avais été naguère, ambitieuse, déterminée à réussir sa vie.

 

On n’arrête pas de boire juste parce qu’on l’a décidé, mais on peut se détacher peu à peu de la boisson quand on revoit ses priorités. J’ai retrouvé mon fils que j’avais laissé chez ma mère. Un garçon de seize ans tout plein de tendresse pour cette mère qu’il connaissait à peine. Aujourd’hui, cela fait trois ans que je n’ai pas touché à l’alcool. C’est un travail au quotidien. Même si j’ai intégré le fait que l’alcool est un poison, j’ai toujours un peu peur de craquer. Certains de mes amis ont essayé de me faire replonger parce que j’étais une bonne camarade de bouteille, mais j’ai tenu bon. Quand on a passé la moitié de sa vie en enfer et qu’on a réussi à s’en échapper, on n’y retourne pas aussi facilement.

 

Aujourd’hui, quand je regarde en arrière et que j’essaie de voir la femme que j’ai été, c’est toujours cette même image qui vient à moi : celle d’une silhouette fragile juchée sur un tabouret dans les brumes d’un bar morbide. Désormais, j'ai encore ce sentiment amer et douloureux que la vie est derrière moi. Mes plus belles années gâchées. Je ne suis pas fière d’avoir été une ratée, une mauvaise mère, une alcoolique trop occupée à remplir ses verres pour regarder son fils grandir. J’ai perdu beaucoup de temps, beaucoup d’années sont passées où j’étais une autre, mais lorsque, aujourd’hui, je regarde mon fils, je me dis que je ne dois plus m’apitoyer sur mon sort. Je vis avec ma mère aujourd’hui âgée. J’ignore si elle n’a jamais compris que j’étais alcoolique ; autrefois, quand elle me voyait entrer à des heures impossibles, elle me disait : “Tu rentres encore pour te coucher”. Mes frères, eux, pensaient que je faisais le trottoir parce qu’il m’arrivait de m’absenter des nuits entières et de rentrer bourrée. C’est pour cela qu’ils me frappaient tout le temps. Ces souvenirs ne cessent de revenir vers moi. Mon père est tombé gravement malade et je l’ai vu souffrir et dépérir ; c’était un autre homme. Sa maladie était incurable. Je me réfugiais dans mon ancienne chambre pour pleurer de le voir si affaibli et à la fin de sa vie. Et face à cette déchéance, même s’il m’avait fait beaucoup de mal, je lui ai pardonné. Ce pardon m’a libérée.

 

J’essaie à présent d’être là pour mon fils et de profiter au maximum des beaux moments que la vie m’envoie. Je m’accroche à mon enfant, à ses sourires et à ses mots tendres pour ne pas dégringoler de nouveau. Même si j’ai la sensation d’être coincée entre un passé lourd et un avenir chargé d’incertitudes, je suis un peu comme une survivante qui revient de très loin et réapprend les choses toutes simples de la vie en essayant de ne pas tomber.

© Samia Nasr
J'ai crée un forum pour toute histoire vraie, "C'est mon histoire" LINK

Par Samia Nasr
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Dimanche 11 janvier 2009


Il faut que je vous parle de cet étrange rêve et pénétrant comme si il était réel. J’étais vêtue d’une  robe blanche, debout au milieu des morts qui gisaient dans un bain de sang, j'étais terrorisée dans mon esprit pendant mon sommeil , mon âme était secouée par les cris et les gémissements des blessés…puis un épais brouillard s’étend et recouvre la terre où j’étais la seule survivante d’un génocide. J’entendis un cri lugubre, un cri inhabituel pénétrant dans mon esprit endormie... Tels les fantômes émergeant de la brume, une armée puissante et incroyable guidée par un soldat, ressemblant à un robuste cyborg qui avère être le chef, le puissant général, d’un visage inhumain, suivi de toutes les créatures démoniaques de l’enfer...D’autres armées se joignirent à elle, avançant avec des animaux fantastiques…puis le ciel s’ouvrit pour cracher d’autres guerriers féroces, serpents, aigles rouges, panthères noirs, tigres féroces, des araignées terribles …tandis que l’autre armée qui était là, qui écumait cet endroit depuis longtemps, tuant les habitants sans pitié reculait, impressionnée et terrorisée par toutes ses apparitions puissantes de ces armée incroyable mais le temps de prendre la fuite, l’armée avec toutes ces forces inhumaines s’abattirent comme un loup féroce sur cette armée.

 

Une fois, l’armée meurtrière des enfants, des femmes et des hommes a été exterminée par cette armée miraculeuse et incroyable, la terre s’entrouvrit et les colombes volèrent vers le ciel bleu. Puis tout à coup tout s’est arrêté, quand près de moi un visage d’une femme aux grands yeux verts me regardai, elle se dressa sur ses jambes tenant un enfant blessé à la tête et qui saigne, elle me le tendit dans mes bras, me priant de s’éloigner de cette terre sanglante. Je partis, laissant derrière moi que sang, poussière et cendre avec le souvenir de ce gigantesque cyborg, de ses grand yeux verts suppliantes de cette femme, et de ses colombes qui se sont envolées dans le ciel…Je marchais au milieu des grattes ciels calcinés, traversant des ponts et une route éventrée, des corps déchiquetés, je fuyais encore dans mes bras cet enfant que je tenais sa tête saignante jusqu’à qu’à je me retrouvai aux portes  au milieu d’un désert, traversant ses portes élevées tels des pyramides, je vis des femmes, des hommes et des enfants habillés en robes longues, les femmes portant les foulards, alors que les hommes portent des turbans sur leur tête. Pendant qu’un homme vêtu d’une simple tunique blanche, turban à la tête, et un bâton à la main, s’approchait de moi, une femme prit l’enfant de mes mains, puis l’homme fit près de moi, tendit sa main vers ma tête et faisant une prière, j’eus la sensation que tous les pêchers sortaient de ma bouche, et je crachai d’énormes limaces qui se sont vidés de mon corps puis tout disparût. Et au-delà-de ce rêve, une autre porte lumineuse s’ouvre, un autre monde, où une nouvelle destinée commença.

© Samia Nasr

Par Samia Nasr
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Publicité

Bienvenue sur l'île des poètes















       Pour m'écrire    
 samiamax2@yahoo.fr.

Amitié virtuelle

 
         Cette jolie Aquarelle est
Cadeau de mon
Amie Marie-Luce ,  link



Cadeau de mon Amie Sylvie, link
Cadeau de mon amie Sylvie, elle est géniale
 et je l'aime. Voici son lien de son blog, link
où tant de belles et délicieuses découvertes
 sur sa poèsie et son grand coeur.

  

             Cadeau de mon Claire,Link

   Cadeau de mon Amie Marie-Luce ,  link


Profil

  • : Fathia Nasr
  • ile-des-poetes
  • : Femme
  • : Maroc
  • : cinéma Art nature Humour Littérature
  • : J'aime l'art sous toutes ses formes, littérature, peinture, 7ème art, théâtre, sculpture, photographie, les voyages. Je déteste la lâcheté, les faux amis et la bassesse. Mes mots clef sont: "Passion et Amitié".

Présentation

La passion des fleurs


La passion des fleurs

Créée le 21/05/09 par samiayann

L’île des fleurs

Sur l’île des fleurs,

Tout éveille nos sens,
Emplit nos têtes de couleurs,
Invitant nos corps à la danse,


Un oasis de fleurs,
De belles corolles épanouies,
Exhalant les senteurs,
Ravissant nos jours et nuits,

Soyez bienvenues mes amis
Dans l’île des belles déesses,
Soyez aimés et bénis
Par les lumineuses intelligences !
 


©Samia Nasr


Rejoindre cette communauté

MUSIQUE & Poèmes

Recherche

Créer un Blog

Catégories

Blogs à découvrir

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés