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Île des Poètes

AUTOUR DE LA ROMANCIÈRE FRANCO-MAROCAINE LEÏLA SLIMANI, LAURÉATE DU PRIX ‎GONCOURT

5 Novembre 2016, 14:18pm

Publié par MYTHIC ARTS

Leïla Slimani a décroché le Goncourt avec "Chanson douce", l'histoire de l'assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice.

1. Bulle protégée

Leïla Slimani, née en 1981, a grandi à Rabat, au Maroc, dans une famille aisée. «Une bulle protégée», dit-elle, «une existence un peu marginale par rapport au reste de la société marocaine». Son père, né à Fès, était banquier. Il a étudié en France, puis est retourné au pays natal pour devenir secrétaire d’Etat, dans les années 1970. Il a ensuite dirigé une banque, jusqu’à ce qu’un scandale financier lui vaille de tomber en disgrâce. Il est mort en 2004. Sa mère, d’origine alsacienne et algérienne, a été une des premières femmes médecins du pays. 

2. Education

Slimani a étudié au lycée français de Rabat, et ses parents parlaient français à la maison, si bien qu’elle parle mal l’arabe. Elle a reçu une éducation progressiste. «[Nos parents] nous ont toujours dit, à mes sœurs et à moi, que notre corps nous appartenait, qu’on avait le droit d’en disposer comme on voulait, dit-elle à "Elle". Et, en même temps, qu’on n’avait pas le droit de se promener avec un homme. Allez comprendre.»

3. Misère sexuelle

Elle juge qu’elle ne pourrait pas être heureuse au Maroc, pays où les femmes, dit-elle, sont «obligées de vivre dans le mensonge perpétuel». «Je ne veux pas avoir peur parce que je porte une jupe dans la rue, parce que je monte seule dans un taxi ou parce que je fume une cigarette pendant le ramadan.» En janvier, elle sortira «Sexe et mensonge», un essai journalistique consacré à la «misère sexuelle dans le Maghreb».

4. Tchekhov

Quand elle était enfant, son père lui lisait «les Mille et Une Nuits», qui reste pour elle un texte fondateur : «C’est un livre qu’on connaît toujours mal, a-t-elle dit au magazine "Lire". On a tendance à revenir sans cesse aux mêmes histoires et à occulter le reste. Il y a toujours de nouvelles fables à découvrir, de nouvelles significations qui jaillissent selon l’époque, le lieu et l’humeur dans laquelle on le lit.» Ses principales influences: Tchekhov, qui «aime ses personnages» et «ne les juge jamais». Elle aime particulièrement ses nouvelles, «pour leur humanité, pour leur tendresse». Stefan Zweig aussi, qu’elle a aimé à tel point qu’elle a entrepris, à la vingtaine, un pèlerinage zweigien en Europe de l’Est, à Vienne, Prague et Budapest. Milan Kundera, enfin, qu'elle citait en exergue de son premier roman, «Dans le jardin de l'ogre».

5. Paris

Elle a quitté le Maroc à 17 ans, pour entrer en hypokhâgne à Paris, après avoir un temps envisagé de devenir psychiatre. «Cela a été très dur, dit-elle à "Elle". Je ne me rendais pas compte que j’allais connaître une telle solitude. Je me souviens de semaines entières où je ne parlais à personne en dehors des cours. Les Parisiens prennent un café le soir ensemble et, après, chacun rentre dîner chez soi. C’est inimaginable au Maroc, où on invite les gens qu’on sait seuls. Le premier hiver a été interminable, j’ai mis de longues années à me faire des amis.»

6. Journalisme

Elle a un temps envisagé de faire du cinéma, a collaboré avec une cinéaste marocaine et s’est inscrite au cours Florent, avant de prendre conscience qu’elle était une «comédienne médiocre». Dans une école de commerce, elle fait la connaissance de Christophe Barbier, qui lui propose un stage à «l’Express». Elle devient journaliste, puis entre à «Jeune Afrique». Elle trouve le métier «dur et chronophage». «J’avais toujours l’impression de ne pas en faire assez, dit-elle à "Libération", de ne pas être à la hauteur. Et puis, c’est un métier où l’on ne vieillit pas bien.»

7. Démission

Son mari est banquier. Elle a eu un enfant avec lui en mai 2011. En 2012, elle démissionne de «Jeune Afrique» pour se consacrer à l’écriture, tout en gardant un pied dans le journal comme pigiste. «J’ai su que certains riaient dans mon dos en disant: son mari gagne bien sa vie, cette histoire d’écriture, c’est une manière polie de dire qu’elle est entretenue», a-t-elle déclaré à «l’Obs».

8. Leïla Slimani  décroche le Goncourt 2016 avec "Chanson douce", l'histoire de l'assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice.

Leïla Slimani  décroche le Goncourt 2016 avec "Chanson douce", l'histoire de l'assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice. Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

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